Les Voix de l'Urgence

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Les Voix de l'Urgence

Dans la perspective de la publication d’un ouvrage collectif faisant écho au projet du plasticien Yvon Ngassam.
Organisation des chapitres en fonction des contributeurs

  1. Réecrire l’Histoire du Cameroun, une nécessité, une issue, une utopie?
  2. L'impact socioculturel, les conséquences de la crise sur la société contemporaine
  3. Reconstruire: un besoin vital, mais à partir de quoi? La reconstruction sociale, psychologique, physique, etc; comment penser l'avènement d'un véritable vivre-ensemble?
  4. Bâtir de nouveaux Imaginaires (à l’aune de la nouvelle République)

Nous sommes encore à la phase de collecte de fonds pour la production du livre. Si jamais vous souhaitez contribuer, merci de nous contacter en écrivant à cette adresse électronique : contact@lesvoixdelurgence.com

Note d’intention - Les Voix de l'Urgence

Engorgée entre populations désormais traumatisées, pour ce qui en reste et « séparatistes », dont les rangs semblent s’étendre jusque dans les recoins inexplorés de pays voisins ou parfois hors frontières continentales. Le pic (aux yeux des médias et de l’opinion public Camerounais) a été atteint samedi 24 octobre 2021, lorsque des hommes armés ont fait irruption dans un établissement de la ville de Kumba, ôtant la vie à huit (08) enfants, et déclenchant, par ce geste d’une atrocité avérée, le courroux et l’indignation totale de tous. Membres de la société civile, autorités gouvernementales, communauté internationale ont alors à tour de rôle, dénoncé chacun selon ses moyens, cet acte barbare d’une rare épouvante.

Ces atrocités commises (de part et d’autre des belligérants) à ciel ouvert devant des populations désemparées et impuissantes face à la tournure que prennent les évènements et ce, malgré la « main tendue » du gouvernement qui organisa en septembre 2019, le très débattu « Dialogue national », ont clairement jeté un froid dans la notion de vivre-ensemble naturellement partagée de tous les camerounais, avant le début de cette « crise ».

La situation, parvenue à un stade très critique, est désormais bien connue des médias et de toute la communauté internationale, sous l’appellation de « crise anglophone » ; elle fait évidemment couler encre et salive au Cameroun. Diverses organisations militant tantôt pour la protection de l’enfance, tantôt pour celle de la femme, ou même simplement, pour celle des Droits de l’Homme, se sont mobilisées, aux côtés d’hommes de médias, d’artistes, de représentants de tous bords de la société civile, ou de représentants de factions politiques, pour dire le ras-le-bol de cette « crise » qui n’a que trop duré.

Les origines de cette « crise » qui commença par une manifestation pacifique, sont officiellement attribuées à la mauvaise gestion des revendications et à la tournure qu’a prise la grève des enseignants et des avocats anglophones en 2016 – qui se plaignent en général d’être écartés des sphères décisionnelles et de la non prise en compte des spécificités propres au système éducationnel anglophone -, dans les villes de Bamenda et de Buea, capitales des régions du Nord-ouest et du Sud-ouest. Mais l’on pressent aussi que les raisons profondes remontent jusqu’aux promesses non tenues lors de la signature d’accords depuis le référendum de 1972, où le gouvernement instaura le système centralisé, qui donna les pleins pouvoirs à Yaoundé.

En effet, d’abord colonisé par l’Allemagne, le Cameroun a ensuite été divisé par les puissances alliées, la Grande-Bretagne et la France, après la défaite des Allemands, en 1918.
Les deux parties du Cameroun ont donc été administrées séparément jusqu’en 1961, date à laquelle les territoires britanniques, connus sous le nom de Cameroun méridional, ont obtenu leur indépendance et rejoint le Cameroun français, déjà indépendant .

La grogne part du fait que les avocats et les enseignants constatent que l’Etat adopte une position musclée, face aux revendications. C’est à partir de là qu’un mouvement « séparatiste » naît pour réclamer plus d’autonomie, exigeant simplement la sécession, d’où la naissance de l’Ambazonie.

Ayant longtemps observé de loin cette situation harassante, parce que ne voulant pas la banaliser – le sujet méritant pour lui une attention plus circonspecte - et soucieux du rapport à l’humain qui souvent se noie dans la confusion et le brouhaha de la désinformation ou de la surinformation engendrés par une telle situation, l’artiste plasticien Yvon Ngassam dont la démarche se veut déjà émaillée d’empathie et centrée autour de l’humain, a imaginé un projet auquel il souhaite convier plusieurs voies esthétiques et intellectuelles.

De manière plus tangible, le projet d’édition livresque entend contribuer à la mémorisation d’expériences vécues par les communautés meurtries. Il s’agit en effet ici de créer un espace de mémoire pour partager, témoigner, compatir, mais surtout pour proposer des solutions ; un espace pour dire via l’art, les peurs, les frayeurs, mais aussi les espoirs, de ces camerounais qui ont quitté et abandonné (leurs) villages et biens, fuyant ainsi la guerre. De tout ces camerounais, qui aspirent simplement à un retour à la paix.

« The urgency of now », l’essai, traite, en somme, de la question des conséquences de cette crise sur les populations cibles. En adoptant une position socialement neutre, mais intellectuellement militante, il souhaite interroger l’avenir de notre pays en tant que communauté que l’on dit « indivisible » ; il scrute l’horizon de cette question du vivre-ensemble, désormais ébranlée, sinon, entachée du sang d’innocents. Quel est NOTRE avenir, à partir d’ici et de maintenant ? « Where do we go from here ? Chaos or community » ? Comme s’interrogeait le militant des droits de l’Homme et pasteur noir américain Martin Luther King Jr, dans son 4ème livre publié en 1967, juste avant son assassinat. Cette question constitue le fil conducteur de ce projet.

Il ne s’agit pas d’amener les regards et les consciences à incriminer ou à pointer d’un doigt accusateur, les éventuels victimaires ou coupables dans cette guerre. A partir de l’Histoire du Cameroun, dont certains contours demeurent malheureusement encore celés, enfouis sous les décombres d’une certaine forfaiture politique (encore inexistants dans la plupart des manuels scolaires) mais aussi, en prenant appui sur les récits que nous avons l’intention de récolter lors de ce projet, l’artiste souhaite simplement convier les contributeurs à cet ouvrage à une réflexion collective et réunificatrice sur le devenir de l’ensemble du peuple camerounais.

C’est ce que défend ce projet, car il nous paraît important de souligner que là, se trouve en effet la véritable URGENCE !

Landry Mbassi,
Commissaire de l’exposition

 

[1] Crise anglophone au Cameroun : comment a-t-elle commencé et quand finira-t-elle ? Ngala Killian Chimtom. BBC News, Afrique

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