Blanche

BLANCHE

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Pendant la guerre, j'ai perdu une marmite qui m’était très précieuse car elle appartenait à ma mère. C'était l'un des objets qu'elle m'avait donnés lorsque j'étais étudiante et que je vivais à la cité universitaire. Quand j'ai perdu ma mère, c'est l'une des choses que j'avais en souvenir d'elle. Cette casserole m'était précieuse. J’aimais l’utiliser pour cuisiner pour mon fils qui n’a pas connu sa grand-mère.
C'était une femme très travailleuse ma mère. À la fin de sa vie, nous ne nous sommes pas dit aurevoir. Elle est partie sans prévenir, précipitamment. J'étais sur le campus à l'université quand elle est décédée. J'ai eu beaucoup de mal à accepter le fait que je n'étais pas auprès d’elle lors de son départ. Alors quand je voulais me souvenir d'elle, c'était par le biais d'objets qu'elle avait utilisé comme cette marmite. La marmite ne remplacera pas ma mère, mais le fait que sa présence et son esprit aient été autour de cette casserole la rendait précieuse à mes yeux. Quand je l’utilisais j’avais l’impression de cuisiner avec ma maman. C'était une sorte de communion pour moi et la perdre fut comme rompre cette communion avec ma mère. C'est l'une des choses que la guerre m'a prise et que j'ai encore du mal à accepter.
Je suis une lectrice passionnée, j'ai commencé à lire à l'âge de cinq ans. Je pouvais lire des livres que mon père ne pouvait pas imaginer que j'étais capable de lire. Je pouvais même lire des mots dont je ne connaissais pas le sens et dont je demandais plus tard la signification à mon père, qui était choqué mais prenait son temps pour me les expliquer. J'ai commencé à collectionner des livres dès mon plus jeune âge et je le fais encore aujourd'hui. Je me souviens qu'un de ces livres était …, parce que mon grand-père était comme la colonne vertébrale de ce magazine.
Lorsque je me suis installée à Buea, j'avais la plupart de ces livres avec moi et j'en ai acheté des centaines après. J'ai investi de l'argent dans les livres. J'ai une grande passion pour la décoration d'intérieur et la mode également. Plus jeune, je rêvais de devenir rédactrice en chef d'un magazine. Vous savez, quand on est jeune, on a des rêves qui ne sont pas formulés, mais on sait où l'on va. Pour moi, cela a toujours été le divertissement et l'information. Ces livres étaient importants car ils construisaient déjà ma personnalité. Toutes ces choses ont disparu.
Certaines personnes diront que c'est juste du matériel, que je n’ai pas perdu ma vie. Mais qu'est-ce que la vie sans la magie ? Je crois que les choses que nous faisons dans la vie font partie de cette magie que Dieu nous a donnée pour écrire, dessiner, peindre… Les outils que vous avez utilisés pour apprendre ces choses, lorsqu'ils vous sont enlevés, c'est comme si on vous volait une partie de votre âme.